Bien-être mental des entrepreneurs : Alexandre Dana prend la parole

Bien-être mental des entrepreneurs : Alexandre Dana prend la parole

Entretien avec Alexandre Dana, co-fondateur de LiveMentor et auteur d’un nouveau livre sur le mal-être psychologique des entrepreneurs.

« Il faut prendre le temps d’apprendre à se connaître lorsqu’on est entrepreneur »

Alexandre Dana est co-fondateur de LiveMentor. Il publie un nouveau livre « Entreprendre et (surtout) être heureux » (Ed. Eyrolles) consacré au bien-être des entrepreneurs. Avec mindDay, il revient sur le sujet de sa santé mentale et de celle des entrepreneurs en général.  

 

Comment résumeriez-vous votre parcours professionnel ?

Je suis entrepreneur depuis dix ans. J’ai créé deux sociétés qui ont fait faillite durant mes études et puis une troisième, LiveMentor. Il s’agit d’un organisme de formation professionnelle en ligne pour aider les futurs entrepreneurs et les entrepreneurs à atteindre leurs objectifs. On accompagne actuellement 1500 personnes : des artisans, des commerçants, de nombreux freelances… Des personnes travaillant à leur compte qui doivent faire face aux difficultés propres aux entrepreneurs. 

 

Vous avez aussi connu quelques coups durs en dix ans d’entrepreneuriat… 

J’ai toujours été entrepreneur, je n’ai jamais eu de manager pour m’encadrer ou me former. Résultat : j’ai dû tout apprendre par moi-même. Après mes études, je me suis lancé dans l’entrepreneuriat sans filet de sécurité. Entre 2012 et 2016, j’ai travaillé absolument tous les jours sans relâche, je n’ai pas respiré. En 2016, j’ai explosé en vol et fait mon premier burn out. J’ai ensuite essayé d’apprendre à m’économiser, tout en développant mon entreprise. J’ai fait un second burn out en septembre 2018. Je savais que mon cas n’était pas isolé : on entend la détresse des entrepreneurs durant les formations en ligne que nous proposons chez LiveMentor. J’ai tenté de trouver de la littérature sur le sujet du bien-être des entrepreneur mais rien ne répondait à mes attentes. C’est ce qui m’a décidé à écrire ce nouveau livre « Entreprendre et (surtout) être heureux ».

 

Aviez-vous été sensibilisé au sujet du bien-être mental et au risque de burn out durant votre scolarité ?  

Non, absolument pas. Personne ne m’en a parlé en école de commerce. C’est toujours un vrai tabou. Les responsables ne se rendent pas compte que l’époque a changé. On ne garde plus le même emploi toute sa vie, on évolue dans un environnement mouvant, chaotique parfois. Et on devrait mieux préparer les étudiants à cela.

 

Qu’auriez-vous aimé connaître avant vos burn out ? 

Des outils comme le coaching pour mieux se connaître et aller de l’avant, les principes de la communication non-violente également… Et puis j’aurais aimé connaître toutes les problématiques spécifiques aux entrepreneurs, comme la comparaison excessive à la fois sur les performances de l’entreprise et sur des aspects de la vie personnelle.

 

En quoi la prévention est importante en matière de santé mentale ? 

Tout le monde peut connaître une situation de mal-être. Il faut sensibiliser au plus tôt sur les façons de faire passer sa santé mentale en priorité. Travailler à son bien-être doit devenir une routine, une habitude quotidienne ou hebdomadaire. Il faut cesser d’être dans une approche de guérison, ne réagir que lorsqu’on va mal. Tout le monde devrait prendre le temps de s’arrêter et d’y réfléchir. 

 

Pourquoi les entrepreneurs et créateurs d’entreprise sont-ils à risque ?

Ils sont exposés à des risques particuliers, propres à la réalité entrepreneuriale, qui demandent un très fort développement des compétences en peu de temps. Certains entrepreneurs quittent leur emploi et la grille de compétences qu’ils maîtrisaient pour entrer dans un monde où ils ont tout à apprendre. Et ils n’ont pas 5 ans d’études devant eux pour tout intégrer, ils vivent sur des allocations chômage et doivent le faire au plus vite. Et cela pèse sur leur santé mentale. 

 

Quand on parle de souffrance au travail, de détresse psychologique, on ne pense pas immédiatement aux entrepreneurs, plutôt aux salariés. Y a-t-il un problème de sous-médiatisation autour du mental des entrepreneurs ? 

Oui, clairement. Il faudrait effectivement davantage médiatiser la réalité de l’entrepreneuriat et multiplier les prises de parole sur ce sujet. Aujourd’hui, les médias ne mettent en lumière que les bons côtés de l’entrepreneuriat, ils n’en montrent qu’une image positive. Les entrepreneurs créent des emplois, on compte sur eux pour « relever la France »… On entend que ça. Or, la réalité, c’est que ce sont des personnes souvent plongées dans une communauté qui se compare, qui s’efforcent de faire toujours plus, toujours mieux… Et qui par conséquent sont nombreuses à souffrir de troubles du sommeil, de crise d’anxiété, de burn outs…

 

Est-ce que vous avez l’impression que la crise sanitaire a impacté la santé mentale des entrepreneurs ?

La crise a bien entendu accentué le mal-être des entrepreneurs. On échange davantage en visioconférence ce qui signifie moins de contacts sociaux, on passe plus de temps sur les réseaux sociaux, ce qui encourage à se comparer aux autres de façon excessive… Personnellement, j’y ai été vigilant, et j’ai été bien accompagné pour passer cette période difficile le mieux possible. 

 

Comment prendre soin de soi lorsqu’on est un créateur d’entreprise bien occupé ?

Il faut se forcer à prendre du temps pour soi, pour son bien-être mental et pour apprendre à se connaître. On peut commencer par lire des livres traitant de psychologie, de communication de type programmation neuro-linguistique (PNL). On peut écouter des podcasts sur ces sujets. On peut aussi travailler avec un coach pour une meilleure connaissance de soi. La question qui motive la démarche peut être « comment mettre mon entreprise au service de ma santé mentale ». Et prendre soin de votre santé mentale fera de vous un meilleur entrepreneur. Plus on se connaît, plus on trouve des missions à valeur pour son entreprise.

 

Qu’est-ce qui fonctionne pour vous ? 

Je travaille avec un coach, un thérapeute, je lis des livres sur le bien-être mental… Tout cela m’a aidé à comprendre qu’il fallait que j’accorde une place à quelques missions créatives dans mon quotidien pour être heureux. Cela peut passer par l’organisation d’événements ou l’écriture de livres. Mais aujourd’hui, je sais que me consacrer uniquement au pilotage de mon entreprise ne suffit pas à mon équilibre psychologique. 

 

Quels sont les signes qu’il est temps de demander de l’aide ? 

Il existe des signes typiques annonciateurs d’un mal-être chez l’entrepreneur : la peur de l’échec, le syndrome de l’imposteur, la comparaison excessive, l’anxiété récurrente, l’obsession du détail et le traumatisme de l’échec. Dans mon nouveau livre, j’aide le lecteur à les identifier, à les comprendre et trouver des solutions pour y faire face. 

 

Quels sont les objectifs de ce nouveau livre ?

En premier lieu, d’aider les entrepreneurs confrontés au sujet des problèmes de santé mentale. Et puis d’insuffler un changement culturel, pour une meilleure prise en compte des questions autour du bien-être des entrepreneurs. Le livre s'appuie d’ailleurs sur une enquête sur la souffrance et le burn out chez les entrepreneurs, à laquelle 10 000 personnes ont répondu, et je les en remercie. 

 

Aujourd’hui, quel conseil donneriez-vous à un jeune entrepreneur ou à un étudiant en école de commerce souhaitant monter son entreprise ?

Je lui dirais à quel point il est important de bien se comprendre avant toute chose. Lorsqu’on est jeune, on cherche une idée pour son entreprise, on se demande ce qui marche, alors qu’on devrait plutôt se demander « qui suis-je ? » et « qu’est-ce qui me donne de l’énergie ? » pour construire sa vie.

 

Le deuxième livre de LiveMentor Entreprendre et (surtout) être heureux est disponible en précommandes sur la plateforme Ulule jusqu'au mercredi 16 février